Comment l’acupuncture est utilisée contre les douleurs

Comment l’acupuncture est utilisée contre les douleurs
04 oct. 2019

Comment l’acupuncture est utilisée contre les douleurs

Une petite aiguille plantée entre le pouce et l’index, associée à d’autres traitements, peut soulager un mal de dos : 40 ans d’études scientifiques ont validé l’efficacité antidouleur de cette médecine millénaire.

En 2014, le Pr Bruno Falissard et son équipe, l’unité Inserm 1018, se sont piqués au jeu d’expertiser les milliers d’études réalisées sur l’acupuncture depuis les années 1970 pour ne retenir que les plus probantes. La conclusion est sans appel: «Pour bon nombre de douleurs et pour traiter des nausées et vomissements, on peut affirmer avec suffisamment de certitude que l’acupuncture a une efficacité supérieure à une absence de soin.»

Du point de vue de la médecine traditionnelle chinoise, d’où elle est originaire, l’acupuncture vise à équilibrer l’énergie vitale, le Qi (prononcer tchi), et à réguler ainsi le fonctionnement des organes. La méthode? Stimuler, essentiellement à l’aide de fines aiguilles, certains des 361 points localisés sur les 20 méridiens (12 méridiens principaux et 8 méridiens merveilleux) où le Qi circule à la surface du corps.

L’existence biologique du Qi et de ces points n’a jamais été démontrée, mais leur stimulation a un effet. C’est prouvé pour la migraine, la lombalgie liée à la grossesse, l’arthrose du genou et les nausées et vomissements induits notamment par les traitements anticancéreux. L’acupuncture a également fait ses preuves pour prévenir les séquelles postopératoires: les nausées, les vomissements et, probablement, les douleurs.

L’autre preuve de son efficacité: le témoignage des patients

«Cette analyse est très positive, commente le Pr Alain Baumelou, directeur du Centre intégré de médecine chinoise à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière, à Paris. Elle prouve que l’acupuncture peut offrir un complément intéressant à la prise en charge des douleurs chroniques, en particulier lorsque la médecine conventionnelle n’est pas en mesure d’apporter un soulagement satisfaisant. Et elle peut constituer une épargne vis-à-vis des traitements médicamenteux…»

Au-delà des preuves scientifiques, c’est le témoignage des patients qui comptent pour les praticiens. «Nous pouvons évaluer l’efficacité d’un traitement au nombre d’heures qu’un patient passe à hurler», affirme Elise Boghossian, docteur en médecine chinoise. La douleur, elle connaît car elle intervient très souvent dans des pays en guerre. Pour elle, l’acupuncture ne remplace pas la morphine, mais lorsque les effets secondaires des opiacés deviennent insupportables, ses aiguilles constituent «une formidable roue de secours.»

L’acupuncture est également une béquille précieuse pour les malades du cancer. Médecin à Paris, le Dr Philippe Jeannin, fort de son expérience sur des centaines de patients, le répète inlassablement dans ses conférences: «L’acupuncture ne traite pas les tumeurs mais elle soulage les douleurs induites par les cancers et leurs traitements, et elle neutralise leurs effets secondaires. Elle est utile pour éviter que la chimiothérapie écrase le patient.»

De fait, le spectre d’action de l’acupuncture est bien plus large que celui validé par le dogme des études. Bruno Falissard est le premier à le reconnaître: «L’acupuncture est une thérapie fortement personnalisée, où la relation entre le patient et le thérapeute joue certainement un rôle important dans l’amélioration des symptômes. Par ailleurs, ses fondements obéissent à une autre logique que la théorie biologique. Nous devons développer d’autres outils pour encore mieux l’évaluer.»